martes, 14 de enero de 2014

Actualité: "Avortement: la régression espagnole"

Avortement: la régression espagnole.
Le Monde, 31/12/2013.

Il fut un temps où l'Espagne montrait la voie en matière de droits des femmes. Le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero innova en mettant en pratique, en 2004, une authentique parité au gouvernement. C'est aussi à Madrid qu'a été conçue et appliquée l'une des politiques les plus progressistes d'Europe pour lutter contre le fléau de la violence conjugale.
Malheureusement, la dynamique s'est inversée. Si l'Espagne revendique aujourd'hui un rôle pionnier sur les droits des femmes, c'est dans la régression. Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy est en train d'opérer un virage à 180 degrés sur l'avortement. L'avant-projet de la loi de protection de la vie de l'être conçu et des droits de la femme enceinte, présenté en conseil des ministres peu avant Noël, supprime purement et simplement le droit des femmes à décider librement d'interrompre leur grossesse. Ce droit, consacré par une loi entrée en vigueur en 2010, en autorisant l'avortement sans condition de motif jusqu'à la quatorzième semaine de grossesse, avait considérablement libéralisé la législation postfranquiste de 1985.
Le nouveau texte, proposé par le ministre de la justice, Alberto Ruiz Gallardon, et qui doit être bientôt soumis au Parlement, est plus restrictif encore que celui de 1985. Il n'autorise l'avortement que dans deux cas : s'il y a eu viol et si la santé physique ou psychique de la mère est menacée « de manière durable ou permanente ». Ce risque devra être certifié par deux médecins différents, étrangers à l'établissement où serait pratiquée l'IVG. La loi de 1985 permettait l'avortement en cas de malformation du foetus, ce que ne prévoit plus le projet de loi actuel. « On ne peut laisser la vie du foetus dépendre exclusivement de l'avis de la mère », a jugé M. Ruiz Gallardon.
M. Rajoy avait promis, pendant la campagne électorale, de revenir sur la loi de 2010, très critiquée par l'épiscopat espagnol et la droite conservatrice, mais il n'avait pas laissé entendre que ce serait de manière aussi radicale. Cette initiative n'est fondée sur aucune justification de santé publique, puisque le nombre d'IVG pratiquées en Espagne était en baisse en 2012. Les motivations du ministre de la justice sont, en réalité, d'ordre idéologique : M. Ruiz Gallardon déclare « en avoir fini avec le mythe de la supériorité morale de la gauche » et veut à présent porter sa croisade antiavortement devant le Parlement européen.
Le gouvernement espagnol est, dans ce domaine, à contre-courant. Vingt des vingt-huit Etats de l'UE reconnaissent le droit des femmes à décider librement de leur grossesse dans les douze à quatorze premières semaines. Six l'assortissent de conditions ; seuls deux, Malte et l'Irlande, interdisent l'avortement. Ce droit, acquis de haute lutte par les femmes comme une reconnaissance de leur liberté de disposer de leur corps, est un droit fondamental. M. Rajoy commet une grave erreur en en faisant un instrument de reconquête idéologique.


En Espagne, vous pouvez lire l'article de Javier Sádaba: "Hechos y derechos" (El País, 29/12/2013).

 Un rassemblement à été organisé à Paris, devant l'ambassade d'Espagne, pour protester contre la future loi de Mariano Rajoy qui supprime quasiment le droit à l'avortement en Espagne. Une centaine de manifestants, du Collectif droits des femmes, de l'Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception (Ancic), du Parti de Gauche ou du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ont répondu à l'appel.
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